Disgressions en Avignon #1 – « Brevet »

A J – 2

Hier, en chargeant la voiture pour mon départ en Avignon, je suis tombé sur une bande de collégiens qui sortaient du brevet. Ils rejoignaient leurs collègues qui squattaient plus haut, au pied d’un escalier. « Plus qu’une épreuve » m’a lancé un petit gars au cheveux décolorés que j’avais croisé lors d’une intervention dans l’établissement quelques mois plus tôt. Tout le long de mon chargement, je les ai entendus pousser des hurlements divers oscillant entre joie de vivre et agression verbale. Le cri étrange de l’hormone en totale ébullition à l’idée des vacances et de la fin du collège . Le tout sous fond de canicule.

J’ai manqué de peu de jouer les papas et d’aboyer pour réclamer le silence. Je me suis ravisé. N’avais-je pas quelques  années auparavant, hurlé sur ma 103 SP à toute la ville et au ciel de juin, ma fin de collège ? Je me souviens d’être allé avec la bande de potes de l’époque jusqu’au Mac Donald’s qui venait d’ouvrir à l’entrée de la ville. J’avais avalé deux sandwiches avant de repartir avec un mal de bide terrible. Le début d’une grande histoire d’amour avec l’ami Ronald. Je me souviens de m’être baigné chez une camarade qui avait une piscine, d’avoir hurler toute l’après midi. Nous étions si contents d’en terminer avec le collège sans comprendre que cela signifiait le début du lycée et de tant d’autres routes. Hors du bahut et de la maison, tout nous allait. On découvrait la liberté. On gueulait en se foutant d’avoir l’air con. Je me souviens de réciter les titres de « Métèque et mat » d’Akhenaton sur des bancs publics, de ne rien à comprendre aux filles, et  d’avoir terminé cette journée sur une planche à roulette. Une journée presque parfaite vu d’ici.

J’ai laissé les collégiens tranquilles. Il était l’heure de partir. J’ai mis le contact. Direction le centre-ville. J’ai lancé un signe de main à une vieille connaissance au carrefour. A 14 piges, on ne pouvait pas se piffrer. Désormais, on se salue. Tout change. Même dans les trous perdus. Je suis allé poser mes livres à la médiathèque pour ne pas aggraver ma réputation de retardataire. J’ai éjecté le disque du dernier album d’IAM. Je l’ai remplacé dans le poste par celui qui attendait dans le boîtier des marseillais avant de laisser tomber ce dernier et deux livres dans la boite à retour. Les baffles ont lancé une guitare folk. Dylan s’est mis à chanter « Ain’t Going Nowhere ». Pour partir, pas pire. J’ai coupé derrière le stade pour rejoindre la sortie de la ville sans passer par l’enfilade de ronds-points et le mac-do. Sur le carter du skatepark, on avait peint un drapeau du Tibet. Ça changeait des habituelles insultes en lettres bâtons. J’ai souri. Jamais je n’aurais pensé apercevoir une telle peinture à cet endroit. Finalement, on peut se faire surprendre à n’importe quel coin de rue. Ici, une peinture, La bas, un mur. Plus loin, un chemin… En route donc pour Avignon, je n’avais pas prévu en montant « Les Monologues d’un Code-Barrres » qu’un jour, j’irai jouer ce spectacle pendant trois semaines au milieu de l’un des plus grands festivals de théâtre. Et alors ? J’ai ouvert la vitre. J’ai gueulé un borborygme d’une syllabe et demie quelque part entre le cri de guerre et le cri de joie. La nationale s’ouvrait. J’ai accéléré.

Jérôme Pinel

 

 

Un haiku pour la route ?

Corbeaux aux moissons,
Le camion met son cligno,
Je prend l’horizon.

 

Et sinon les « Monologues d’un Code-Barres »,  c’est du 5 au 24 juillet sur le Off d’Avignon au théâtre des Lila’s à 13 heures. Plus d’infos : https://www.facebook.com/events/2281297438786066/

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