Disgressions en Avignon #2 – « Ghost Dog »

A J – 1

En Avignon, nous logeons au troisième d’un immeuble du centre ville. Une volée de marches nous séparent du toit alors j’y suis monté faire un tour. Ça m’a rappelé le film Ghost Dog, où le personnage (Forest Whitaker) loge et s’entraîne sur un toit. Sorti en 1999, « Ghost Dog » est un film étrange. Le fait que ce soit réalisé par Jim Jarmusch ne doit pas y être pour rien. C’est une sorte de polar onirique sous fond de Hip Hop new-yorkais.

Il s’agit de l’histoire d’un ermite tueur à gages qui vit sur un toit selon les principes du Hagakuré, un vieux manuel de préceptes samouraï datant du moyen âge. Ghost Dog a pris pour maître un petit caïd de la mafia qui lui a sauvé la vie dans sa jeunesse.
Depuis, il ne vit que par  et pour ce vieux malfrat sans envergure. Ghost Dog ne cherche qu’à s’effacer le plus possible du quotidien. Il ne communique avec quasiment personne. Quelquefois avec un marchand de glaces, qui s’adresse à lui dans une langue africaine, quelques autres avec une jeune fille de son quartier qui s’interroge sur ce drôle de monsieur taciturne. Véritable professionnel, sa réputation tient à sa grande discrétion. Personne ne l’a jamais vu.  Il prend ses contrats par pigeon voyageur. Lorsqu’au cours d’une mission, un témoin l’entrevoit, il se met toute une partie de la mafia de la grosse pomme à dos.

Ce film enchaîne séquences sur la nature en milieu urbain avec scènes de violences, entrecoupées de passages du Hagakuré. Le tout servi sur une superbe bande son de RZA (chef d’orchestre du groupe Wu Tang Clan que l’on croise brièvement dans le film) au top de son inspiration. Au delà de l’intrigue, le film explore le rapport entre cet homme à la droiture morale extrême, et le monde véreux et opportuniste des bas-fonds new-yorkais.  Curieusement le Ghost Dog semble un personnage crédible alors qu’il tient du personnage de conte.
Ce film nous y sommes, mes collègues de l’époque et moi, tombés dessus, attirés par son histoire de samourai et sa BO de folie,  mais à la suite, nous avons tous lu le Hagakure et quelques autres livres du même acabit. Livres ô combien et toujours intéressants. Ici à Avignon, alors que depuis mercredi matin, nous marchons dans un flot d’affiches où chacun veut faire ressortir le nom de son spectacle. Je me remémore, les préceptes du Hagakuré et repense aux finalités des « Monologues d’un Code-Barres », aux propos que je suis venu défendre ici. A ces moments d’intimité où l’individu moderne s’interroge en lui même, se parle sans forcément prononcer. Écrire me semble être l’art de raconter les reliefs de nos silences. Dans le silence, nous combattons, nous nous débattons, nous agissons, nous filons vers ces buts qui ne sont que les enfants de nos décisions. Bien sur, nous pouvons et devons regarder à droite comme à gauche, mais prenons notre direction. Allons au bout de celle-ci voir ce nous pouvons y comprendre à défaut d’être sur de ce que l’on y trouvera. Demain c’est la première. Dites-moi merde. J’irai jusqu’à la cloche.

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